jeudi 22 mars 2007

Acte V, scène 1 et 2 : revue des Estrangin


Acte V

Données historiques et Prologue
Les données utilisées dans cet acte sont des faits assez récents pour être connus de tous par la tradition orale. Que l’on veuille bien tenir compte que cet acte ne veut pas être la représentation d’une liste complète des quelques descendants actuellement vivants ou décédés récemment de la famille Estrangin. Ce n’aurait plus été qu’ une très simple revue familiale.
Les auteurs de la revue ne veulent oublier aucun des membres de la famille dont beaucoup auraient eu des titres à être cités. La mort héroïque des uns au cours de la Grande Guerre, les titres civils souvent importants des autres, l’affection que l’on porte à tous pourrait les faire citer. Les lignes qui suivent veulent seulement, au hasard, marquer quelques-unes des professions actuellement occupées par des membres de la famille à titre de curiosité.
Puisse du moins cette revue, si elle ne fait pas un tableau complet de la famille, permettre et surtout aux jeunes des contacts plus fréquents et une affectueuse solidarité.


Acteurs
- Le vieux paysan du XV° siècle, Jules Estrangin
- Une paysanne de 1938 habitant le Mas Estrangin
- Le curé d’Orgon
- Hilaire Estrangin et la famille

Scène 1

La scène est à Orgon en septembre 1938

Décor
Le mas Estrangin comme au premier acte, et de plus des cageots, une bicyclette, un fourneau au butane.

La paysanne de 1938 inspecte les murs délabrés de son mas.

La paysanne
Ah ! Je vois que notre mas il est pas neuf. Faudra t’y que je dise à mon homme d’y donner un coup de ciment. Qui sait déjà toutes les réparations qu’on lui a faites ? Et qui sait qui l’a construit. Pour moi il a au moins 500 ans. Ah ! Ils devaient être plus heureux que nous dans le temps. Ils avaient pas l’auto, ni le cinéma il y a 500 ans, mais ils avaient pas non plus des impôts comme à présent pour fabriquer des avions. Ils pouvaient manger leur blé plutôt que le vendre à la coopérative à un prix qu’ils fixent à Paris. Ah ! Ils étaient pas contents de leur sort, mais s’ils revenaient maintenant, alors.

On frappe à la porte de la remise. Elle ouvre. Entre Jules Estrangin.

Jules Estrangin
Oh ! Madame. Comment vous appelez-vous ? Etes-vous un Estrangin ?
La paysanne
Comme tu dis ? Estrangin ? Connais pas
Jules Estrangin
Connais pas. Il n’y en a donc plus dans le pays d’Estrangin ? C’est bien la peine qu’on ait trimé comme on l’a fait, qu’on ait pris tant de mal à élever 12 enfants. Il y en a plus tu dis ?
La paysanne
Non, voyez, je n’en connais pas par ici…Mais attendez je me souviens d’un petit jeune homme qui est venu ici un soir il y a quatre ans et qui m’a causé un bon moment et qui a pris une photographie du mas parce qu’il disait comme ça qu’il était d’une famille qui avait habité là dans le temps. C’était peut-être un Estrangin ? Vous pourriez peut-être demander au Curé. J’ai vu qu’il est allé lui causer.
Jules Estrangin
Ah ! bon. Merci eh !. Je vais y aller.

Il ressort par la petite porte, revient par la grande porte, et frappe à l’atelier.

Scène 2

Jules Estrangin
Moussu lou Cura, vous connaissez pas, par hasard, un Estrangin par-là ?
Le Curé
Estrangin, Estrangin, si c’est un nom connu…Attendez. Voyons. D’abord il y a une place à Marseille qui s’appelle comme ça…Et puis attendez, je regarde l’Ordo…Oui, c’est ce qu’il me semblait…il y a un abbé Estrangin, Eugène Estrangin qui est vicaire à Marseille…Et puis voyons quand j’étais à Aix au Grand Séminaire, j’ai connu un avoué qui s’appelait Estrangin.
Jules Estrangin
Un avoué, qu’es aco ?
Le Curé
Savez pas ce que c’est un avoué ?
Jules Estrangin
Et non, Moussu lou cura. C’est qu’il faut m’excuser, je suis mort il y aura bientôt 450 ans.
Le Curé
Comment ?
Jules Estrangin
Oui, 450 ans. En l’an quatorze cent nonante de la rédemption du Seigneur Jésus. Mais le Bon Dieu il m’a permis de redescendre faire un petit tour sur la terre, parce que voyez-vous – à vous je peux bien le dire mais vous ne le répéterez pas, eh parce que c’est pas un bon essemple - eh bien au Ciel je faisais du tapage en disputant ma vieille. Une vieille habitude vous comprenez. Comme on faisait tous les deux sur la terre !
J’y disais toujours « les enfants, vois-tu on se crève pour eux et puis ça fait rien de bon."
Et elle toujours elle répondait « Ne pense pas à tes enfants, mais à leurs enfants à eux et puis ainsi de suite pendant les siècles et les siècles. Pense un peu, mécréant, à toutes ces âmes que tu auras permis de créer, à tous ces hommes, à toutes ces femmes qui seront tes descendants, à toutes ces belles choses qu’ils feront…Ils seront pas tous malheureux comme nous. Peut-être il y en aura qui auront de l’instruction. Peut-être ils seront riches comme ces beaux marchands d’Avignon ou d’Aix qu’on voit des fois passer sur la route royale. »
J’y répondais : « Oh !. Bon Dieu. Et s’ils disparaissaient tous. La pauvreté, les maladies, la guerre les tueront tous. »
Et elle, elle avait la foi : « pour sûr qu’ils mouront tous, mais ils auront eu aussi des enfants. Et longtemps, longtemps sur la terre, il y aura des gens qui te connaîtront plus, sûr, mais qui profiteront de notre pauvre travail."
« O pécaïre, que j’y faisais, tu crois ? »
Alors un jour, le Bon Dieu, qu’il en avait assez de toujours nous voir disputer comme ça, il m’a dit : « eh bien, vas-y un peu sur la terre voir si elle dit pas vrai ta femme ?» Et alors je suis venu.
Alors vous me dîtes qu’il y en a un qui est curé. Ca je sais ce que c’est, c’est pareil comme de mon temps. Et puis un autre qui est avoué ? Et puis vous en connaissez plus ?
Le Curé
Si, il y en a encore un dont on parle des fois dans les journaux, un Estrangin qui est Président de la Chambre d’Agriculture. Il est élu par les paysans pour s’occuper d’eux.
Jules Estrangin
Et il est paysan ?
Le Curé
Je crois qu’il a une campagne. Je l’ai vu une fois dans son journal Alpes et Provence, à Allauch, je crois.
Jules Estrangin
Bon, merci, je vais aller le voir. Puisqu’il s’occupe des paysans, je pense qu’il me recevra bien. Au revoir, Monsieur le Curé.

Il sort par la grande porte et réapparaît à la petite.

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