lundi 21 janvier 2008

Gravure de la fontaine Estrangin


Une gravure de la fontaine Estrangin, chinée sur eBay. Elle donne une vue intéressante des sculptures avant l'érosion des ans. Un clin d'oeil au billet précédent réalisé à l'occasion de mon dernier passage dans la cité Phocéenne.

dimanche 16 décembre 2007

Une place bien familiale : la fontaine et place Estrangin


Il y a quelques mois lors d'une visite à Marseille, je ne manquais pas de me rendre sur la Place Estrangin. Il faisait bien chaud. C'était l'heure du repas. Il n'y avais pas grand monde dans la rue. Avant de prendre quelques photos. Je ne maquais de m'arrêter quelques instants sur la margelle du bassin. De plonger la main dans l'eau. D'écouter le chant des huit petites fontaines. Cette fontaine fut construite en 1890 par Henri Estrangin, qui l'offrit à la ville de Marseille. Grand commerçant au XIXe siècle, Henri demanda à l'architecte d'y représenter les quatre continents, hormis l'Europe.
Face à la fontaine Estrangin se trouve la Caisse d'Epargne, dont le bâtiment fut construit par les cousins Rostand pour la banque Familiale à l'époque.
Le jour de ma visite, quelques vaches décorées par des artistes figuraient sur la place Estrangin. La facture des sculptures est typique de cette fin du XIXe siècle.

Une légende dans la famille suggère que cette fontaine fut construite en hommage à la ville mais également pour limiter le bruit des fiacres sur la place et permettre d'assurer la quiétude des habitants du lieu.
L'Amérique est représentée non pas sous l'angle des colons et des immigrants, mais des "peuples premiers" du continent avec un indien fier au port hiératique.

Je retrouvais une ancienne photo de la Fontaine Estrangin dans les archives du Ministère de la Culture. De nombreuses cartes postales furent également éditées des années après sa construction. Comme ici, une étonnante photo de la fontaine prise dans la glace en 1929, une autre carte postale colorée où les sculptures sont encore épargnées par le temps.

mardi 26 juin 2007

L'abbé Georges Estrangin dans les tranchées en 14-18

Je reprends ici une contribution intéressante de Eric Mansuy sur le Forum pages 14-18, à propos de l'abbé Georges Estrangin (23e BCA, 115e BCP, 63e BCP).

"Voici quatre extraits tirés d’une petite plaquette consacrée à l’abbé Georges Estrangin, "clerc tonsuré du Diocèse de Marseille", qui commença la guerre au 23e B.C.A. avant de passer au 115e Bataillon de Chasseurs, puis au 63e.

Comme cette plaquette n’est peut-être pas courante, autant que le plus grand nombre en profite. L’extrait rédigé à Lampernisse est particulièrement poignant. Bien cordialement, Eric Mansuy"

A Vergaville, août 1914 : « Alors, pour la première fois, j’entendis... pstt... pstt... Ce sont les balles qui chantent. Oh ! la drôle de chanson ! Elles sifflent ; il y en a qui ont comme des cris de douleur, d’autres comme des cris de rage. Instinctivement, toute la section s’est couchée ; on baisse la tête, moi comme les autres. Je me sens un peu pâle, mais je n’ai pas peur. Pour réagir, je cherche ma pipe et je l’allume. »

Au bois de Saint-Mansuy, août 1914 : « Il était trois heures du matin lorsque la sentinelle qui était à quelques mètres de moi à voix basse s’approchant : "Attention, les vieux !" Chacun attrape son fusil. On entend marcher devant et tout à coup c’est un commandement en allemand. On crie à tue-tête : "Feu", et voilà que les culasses s’ouvrent et toute la tranchée tire ; ça crépite. On tire dans le noir, car on ne voit rien. Les étuis sautent. "Cessez le feu !" Tout rentre dans le calme. On se blottit au fond de la tranchée, mais maintenant on ne peut dormir.

Le jour se lève ; il y a du brouillard. Cependant, on peut y voir à cent mètres devant soi et voilà que, tout à coup, la sentinelle fait signe de la main : Silence ! La section prend les fusils et nous voyons les boches, à cent mètres, en tirailleurs, qui viennent sur nous. On épaule, chacun vise son homme et on attend. Le lieutenant est immobile : "On y est ?… Feu !" et un craquement terrible. On voit les culbutes des boches, la ligne de tirailleurs n’existe plus. Le brouillard se dissipe tout à coup et maintenant on les voit dans l’avoine qui s’approchent.

La pétarade recommence, on s’amuse "Ça y est ? Non. Tu l’as manqué ? Attends un peu celui-là". Quant à moi, pour mieux les voir, je monte sur la tranchée avec un camarade ; un autre caporal est là, nous tirons comme à la cible ; chaque coup touche, mais ils répondent dur, eux aussi. Les balles nous sifflent aux oreilles, les branches sont coupées. Tout à coup le caporal qui était avec moi, tourne sur lui-même et tombe. Je me baisse. "Qu’as-tu ?" "J’en ai une dans la cuisse." Je le prends dans mes bras et le descends dans la tranchée. Il y a des blessés dans la tranchée : un pauvre chasseur est étendu, une balle lui a traversé la poitrine. La sentinelle de tout à l’heure a le pied fracassé. J’étends le caporal, je lui ouvre le pantalon d’un coup de couteau, la balle lui a traversé toute la cuisse, je le panse et lui donne ma cigarette ; il la fume en rigolant tranquillement. Mais la lutte continue, les fusils claquent toujours. Je reprends mon poste, le caporal couché entre mes jambes à chaque coup que je tire me demande "Ça y est ?" et il me fait passer les cartouches une à une. Mon voisin tombe, une balle lui a traversé la tête et sa cervelle va s’aplatir sur le talus. Mais voilà le capitaine qui arrive, impassible dans sa pèlerine.

L’ordre est donné de quitter la tranchée et d’aller secourir la deuxième section qui est fortement attaquée. Nous sortons au pas de gymnastique et nous faisons les trois cents mètres qui nous séparent d’elle. On se met dans la tranchée, et aussitôt on ouvre le feu. Un arbre est devant moi. J’y appuie mon fusil pour mieux viser. Clac ! une balle tape dans l’arbre, le traverse et vlan ! dans mon sac tout près de l’épaule. "Oh ! Cabot, me crie mon voisin, elle était pour vous celle-là !" Je n’ai pas le temps de lui répondre, une deuxième balle m’érafle la main et traverse ma manche. J’ai une longue écorchure du pouce au poignet. Je me baisse pour regarder ma main et avec mon mouchoir je m’essuie. Je reprends ma place et ici c’est un massacre. Les boches tombent comme des mouches de tous côtés. Alors ils reculent et on nous donne l’ordre d’aller à notre ancienne tranchée. Nous partons. Pendant notre absence, les boches s’étaient installés à notre place. Nous sommes reçus par une fusillade.

"A la baïonnette ! En avant !" et comme des fous, hurlants, nous montons à l’assaut. Alors ils ont peur, ils sortent de la tranchée. Devant moi, un gros Allemand. D’un bond je suis sur lui, il n’a pas le temps de se retourner et pan ! il est à terre. Je lui saute par dessus et j’ouvre le feu sur les fuyards. A côté de moi, les camarades font de même. La tranchée est reprise. Nous tirons, nous tirons toujours, et ils tombent, ils tombent toujours et ils courent, et lorsque enfin, ils ont tous disparus, je regarde autour de moi. Dans la tranchée, une dizaine d’Allemands, les uns sur les autres, un officier ; au dehors de la tranchée une trentaine sont couchés de chaque côté. Le boche que j’ai descendu est là, il est blessé, il me regarde. Je m’approche ; il me montre sa jambe, je le panse, je le prends dans mes bras et le couche au fond de la tranchée, il me regarde avec de grands yeux, puis me serre la main et me donne son bidon. Mais ma pauvre section ! Comme il en manque : le lieutenant est là, mort, troué par une balle qui l’a traversé de part en part, le sergent agonise ; nous nous comptons : quatorze, au réveil nous étions trente-deux. Il ne reste plus qu’un caporal, c’est moi, et treize hommes. Je fais jeter les morts hors de la tranchée, je prends le casque de l’officier tué. Puis nous n’avons pas le temps de ramasser nos blessés, car l’ordre a été donné de reculer.

Maintenant au milieu des balles et des obus, nous partons. Je suis en tête avec mes treize hommes. Je file, je file au pas de course, les obus tapent de tous les côtés, brisant les branches. Un de mes hommes a une main brisée, je lui crie de marcher toujours. Un autre tombe, il a la cuisse traversée. Je donne mon fusil à un autre et le prends sur mes épaules. Nous ne courrons plus maintenant, car il n’y a plus de danger. Je dépose mon blessé, nous le pansons ainsi que celui qui a la main traversée et nous reprenons notre route. A la sortie du bois, le capitaine nous rassemble, il en manque 107 à l’appel. Il pleure, plus d’officier que lui. Nous rentrons dans un village. Mais malgré notre retraite les Allemands n’ont pu rentrer dans le bois ; ils ont battu en retraite eux aussi. Deux jours après, je vis le même endroit, il y avait au moins six cents Allemands tués devant ma tranchée ! »

A Lampernisse, décembre 1914 : « La sentinelle prend sa place ; maintenant il pleut, on a froid, l’eau ruisselle, on se couvre du manteau, on reste là, l’eau remplit la tranchée, elle monte, monte doucement, on en a jusqu’au dessus de la cheville et l’on a froid, un froid terrible ; personne ne parle, on ne dit rien et sûrement chacun pense à sa maison. On tire toujours de temps en temps ; encore un qui tombe plus loin de moi, lui aussi une balle dans la tête, il est mort et la même cérémonie recommence. Oh ! la triste journée, un vent terrible, et un froid si froid qu’il me semble encore en t’écrivant grelotter. Les heures, passent, le canon tape à côté, les nôtres tapent sur leur tranchée. Encore un tué, cela fait trois, décidément la place, n’est pas bonne, et quand la nuit arrive un quatrième tombe, il râle avec des cris épouvantables, puis il s’arrête, il est mort.

Alors, mon petit François, commence un travail terrible, nous faisons un trou dans la tranchée au fond et là nous descendons les quatre camarades, tout doucement comme si nous avions peur de leur faire mal, puis nous jetons de la terre ou plutôt de la boue par dessus... Et maintenant c’est fini, ils sont là, sous nos pieds, nous marchons à l’endroit même où ils sont enterrés, pas une croix pour dire : "Ici sont morts quatre braves !" Non, rien, rien... Et la pluie glacée arrive, les mitrailleuses claquent sans cesse, des fusées sont lancées qui éclairent comme en plein jour et toute la nuit c’est le même bruit, le même vacarme et voilà le jour qui revient et c’est la même chose, on est là ; toujours aussi froid, toujours la boue, on se secoue un peu, mais rien à faire.

Allons du courage, combien de temps va-t-on rester dans ces tranchées pleines d’eau ? Le jour passa, et une nuit aussi, puis encore un jour, puis une nuit et enfin nous fûmes remplacés... Voilà vite, vite racontée, la vie dans les tranchées d’Ypres. Ce sont les plus mauvaises de toutes. » Au Linge, juillet 1915 : « Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, regardez bien la date ; le canon tonne, tonne sec et que la victoire nous attend ; je dis nous. Chacun de nous est joyeux à cette pensée et vous ne sauriez croire ce qu’elle contient pour nous. Vous vous en faites une idée, mais je suis certain que vous ne comprenez pas bien, aussi bien que nous. Je m’explique mal, vous comprenez autrement que nous ; sous un angle différent, vous voyez les choses que nous voyons.

Aujourd’hui surtout, pour moi et pour plusieurs du bataillon, nous sentons qu’il y a là-haut sur une montagne, un cimetière, celui du 23e et ce cimetière il nous le faut. Entendez-moi bien, il nous le faut coûte que, coûte… Vous le dirais-je : mes meilleurs amis du 23e, à part Raoul, sont tombés là-haut ; ceux de ma classe, tous lâchement assassinés : Ginoux, un caporal comme moi, de ma classe, qui imitait si bien le sifflet du train du Sud, est tombé d’une balle explosive ; Nicolaï, mon ancien sergent de l’active, tué de la même manière ; Corniglion, celui qui avait fait le poste d’hiver à Beuil avec moi, le grand avec ses moustaches si belles que vous avez vu sur mes photos, tué aussi et bien d’autres... Comprenez-vous maintenant ce que ce mot victoire contient pour nous, du 23e. Il est inutile de l’expliquer plus longtemps, j’ajoute seulement que cette camaraderie de caserne en temps de paix n’existait plus, mais comme l’on avait souffert ensemble à Dieuze, à Lunéville, en Belgique, cette camaraderie était devenue de la fraternité, de la vraie fraternité chrétienne. Et alors vous devez comprendre maintenant ce que cette montagne est pour nous. Il me semble que de recevoir aujourd’hui mon uniforme (son premier uniforme de sous-lieutenant) est un présage de victoire et d’espoir. Cela veut dire beaucoup. Cet uniforme semble me dire :

« Toi, le seul du 115e qui ait connu vraiment ceux qui sont tombés là-haut, le seul de leur classe qui soit survivant, caporal avec eux, reçois-moi avec mes numéros d’argent et mes petits galons blancs et conduis-moi à la victoire pour les venger. Toi, maintenant officier des jeunes, dis-leur bien que ceux qui dorment là-bas ne sont pas tombés inutilement, mais glorieusement et qu’aujourd’hui, le jour même où tu me reçois, des chasseurs commandés par toi s’apprêtent à monter vaillamment là-haut où ils sont tombés ! Me comprenez-vous maintenant ? »

Georges Estrangin est mort à l'Ambulance 5/1 d'Etinehem le 29 août 1916.

mardi 15 mai 2007

Les Estrangin d'Arles

Cette chronique de la famille ESTRANGIN a été rédigée par Mr Louis ESTRANGIN, avoué à Marseille et terminée le 21 juin 1939. Elle a été recopiée fidèlement par Mme Miette PROVANSAL, descendante de M. Alexis ESTRANGIN, avoué, le 26 février 1971. Et transmise en 2005 par notre cousine Agnès Rostand. Je me permets d'en reprendre le texte sur ce blog afin de le partager plus largement avec la famille, nos proches et amis.

Les ESTRANGIN de la branche d’Arles

Notre ancêtre Pierre Estrangin eut trois enfants. Nous avons déjà cité notre arrière grand-père LOUIS et MARGUERITE épouse Rostand. Mais il avait un fils aîné, JEAN.

Celui-ci fut Procureur à la Sénéchaussée d'Arles. Il est le point de départ d'une branche de la, famille ESTRANGIN, dite Branche d'Arles. Cette branche est, pour ainsi dire, dès le début autonome : j'entends qu'elle ne vint jamais se confondre ultérieurement par mariage avec la famille de Louis, ni avec celle de Marguerite Rostand.

Autant celles-ci nous apparaissent comme liées l'une à l'autre par une telle série d'unions qu'elles ne cessent de se confondre, de s'enlacer, de ne faire vraiment qu'une, autant le famille de Jean nous semble dès le début étrangère. Les Louis Estrangin et les Rostand sont en toutes circonstances, en toutes aventures, en toutes fêtes, en tous dangers, toujours côte à côte. Jamais nous ne rencontrons un Estrangin d'Arles au milieu d'eux. Froideur, brouille dès la première génération ? ou simplement l'éloignement, si tant est que l'on puisse prétendre, que d'Orgon partir pour Arles est s'expatrier.

Les relations de famille, quelle que soit l'hypothèse, s'espacèrent si bien entre cette branche d'Arles et les deux autres que la veuve d'un de ces arlésiens devenu avoué prés de la Cour d'Aix n'invoqua aucun lien de parenté suffisamment serré pour renouer la moindre amitié sincère avec l'Estrangin, descendant de Louis, lorsqu'en 1591 il devint avoué prés de la même cour d'Aix. Les pères de ces deux confrères étaient en réalité cousins issus de germains.

On note dans cette famille d'abord un chanoine de la Cathédrale d'Aix, Xavier ESTRANGIN. Il prêta le serment à la Constitution Civile du Clergé, mais dit-on, avant que le Pape ait fait défense à se prêter à ce qui fut ensuite reconnu comme un schisme. Il rétracta alors son serment. Il mourut en 1838.

Les vénérables stalles de bois sculpté de St Sauveur ont donc connu parmi leurs vénérables occupants un Estrangin psalmodiant l'office, le col orné du ruban bleu pale et, drapé dans la cape violette. Le corps appesanti de l'un des nôtres s'est appuyé par le bon bout sur la miséricorde hypocrite pendant les grandes messes pontificales .... il y a 100 ans passés.

Parmi les habitants d'Arles dont les biens furent saisis pendant la révolution figurent deux Estrangin de cette branche

1° Estrangin (sans prénom) droguiste, et son nom est suivi de la mention "émigré et rentré pour s'unir aux rebelles"

2° Julien Estrangin, homme de loi et son épouse née Autheman, les biens séquestrés comprennent un domaine en Crau, et pour la femme une donation de ses père et mère et un legs de Marie Barbaroux, sa tante, le tout d'un montant de 25.000 livres.

Un éminent représentant des Estrangin d'Arles fut Jean Julien Estrangin, avocat à Arles, membre correspondant de l'Institut Archéologique de Rome, de la Sté Royale des Antiquaires de France, de l'Ac. Agriculture, Arts et Belles Lettres d'Aix et de Sté Archéologique de Toulouse, Membre du Conseil Municipal de la Ville d'Arles. Le 28 septembre 1844, par suite de la démission du Maire M. Perrin de Jonquières, il fut investi de la présidence du conseil, devenant premier conseiller municipal remplissant les fonctions de Maire. Il est l'auteur de deux savants et importants ouvrages sur Arles : Etudes Archéologiques, Historiques et Statistiques sur Arles (édité en 1838 chez Aubin, libraire éditeur à Aix) et Description de la ville d'Arles antique et moderne, ouvrage publié en 1845 (Aubin éditeur) et comme le précédent, montrant l'érudition de son auteur et son amour pour sa ville natale.

Le fils aîné de Jean succéda à son père dans la charge de Procureur à la Sénéchaussée d'Arles, le fils de celui-ci fut avocat en cette ville et y mourut en 1870 ; son cousin, nous l'avons dit, fut avoué à la cour d'Aix vers la même époque Cette branche d'Arles n'a donc pas manqué d'hommes de loi. A défaut de cousinage très uni, saluons ces ESTRANGN du titre de confrères. Actuellement quels en sont les descendants ? S'il en existe, je les ignore.

mercredi 25 avril 2007

Jeu de Filiation : les Estrangin d'Orgon

Cette chronique de la famille ESTRANGIN a été rédigée par Mr Louis ESTRANGIN, avoué à Marseille et terminée le 21 juin 1939. Elle a été recopiée fidèlement par Mme Miette PROVANSAL, descendante de M. Alexis ESTRANGIN, avoué, le 26 février 1971. Et transmise en 2005 par notre cousine Agnès Rostand. Je me permets d'en reprendre le texte sur ce blog afin de le partager plus largement avec la famille, nos proches et amis.

Nous connaissons un Pierre ESTRANGIN, consul d'Orgon au XVIIIe siècle en fonction lors de la peste qui, venue de Marseille, ravagea les villages des bords de la Durance en 1721. Son frère, prêtre, vicaire à Orgon, mourut du fléau (on disait de la contagion) en 1721, à l'âge de 30 ans.

Nous pourrions admettre que ce Pierre ESTRANGIN est l'ESTRANGIN d'Orgon, mais c'est peu probable à cause de l'âge des suivants. Il en était plutôt le fils.

ESTRANGIN d'Orgon, nommons le ainsi à défaut du prénom inconnu, nous le considérons avec certitude comme Chef de Famille.

Il est séparé de nous – je prend pour les calculs les fils de François – Gabrielle Guérin - par cinq générations qui sont en ligne ascendante :

1. Enfants de François
2. François, fils d'Augustin
3. Augustin, fils de Jean
4. Jean fils de Louis
5. Louis, fils de Pierre
6. Pierre, fils d'Estrangin
7. Estrangin.

Nous sommes des descendants en ligne directe au 7ème degré.


Mais les mariages entre parents étant fréquents dans notre Famille, nous descendons de cet ESTRANGIN 1er de trois autres manières :

1.- Son petit fils Louis épousa sa cousine germaine, soeur d'Alexis Estrangin, donc petite fille du même grand-père : Mademoiselle Marguerite Rostand était la fille d'Anne Estrangin épouse d'Esprit Rostand, laquelle Anne Estrangin était la fille de notre ESTRANGIN 1er. Cette ascendance est marquée par l'échelle ascendante suivante :

1. Enfants de François
2. François, fils d'Augustin.
3. Augustin, fils de Jean.
4. Jean, fils de Louis et Marguerite Rostand.
5. Marguerite, fille d'Anne Estrangin et d'Esprit Rostand.
6. Anne, fille d'Estrangin.
7. Estrangin.

Ce mariage ayant eu lieu entre cousins germains ne nous rapproche d'aucune génération de notre aIeul.

2.- L'arrière petit fils de ce dernier, Jean, fils de Louis épousa Claire Rostand, fille d'Alexis et petite fille par sa mère Anne Estrangin d'Estrangin 1er. Cette Claire Rostand était donc la nièce de Mme Louis Estrangin et ainsi la, cousine germaine de son mari, Jean, et – par ailleurs – sa cousine issue de germains. Voici le tableau en échelle ascendante :

1. Enfants de François.
2. François, fils d'Augustin.
3. Augustin, fils de Claire Rostand.
4. Claire Rostand, fille d'Alexis.
5. Alexis, fils d'Anne Estrangin
6. Anne Estrangin fille d'Estrangin.
7. Estrangin.

3.- Notre grand-père Augustin, a épousé Claire Roberty, sa cousine, d'une génération d'un degré plus éloigné de l'auteur commun. Cette grand-mère nous relie à l'auteur commun par les générations suivantes :

1. Enfants de François.
2. François, fille de Claire Roberty et d'Augustin.
3. Claire Roberty, fille de Bruno.
4. Bruno Roberty, fils d'Anne Thérèse Estrangin.
5. Anne Thérèse, fille de Louis Estrangin
6. Louis fils de Pierre
7. Pierre, fils d'Estrangin.
8. Estrangin.

Il y a un autre chemin encore variante du dernier en passant au lieu de Louis par sa femme Marguerite Rostand, fille d'Anne :

1. Enfants de François.
2. François.
3. Claire Augustin Estrangin-Roberty.
4. Bruno Roberty.
5. Anne Thérèse.
6 Marguerite Estrangin Rostand
7. Anne.
8. Estrangin.
C'est le chemin des Dames.

vendredi 13 avril 2007

Estrangin : Familles, Professions, Prénoms

Cette chronique de la famille ESTRANGIN a été rédigée par Mr Louis ESTRANGIN, avoué à Marseille et terminée le 21 juin 1939. Elle a été recopiée fidèlement par Mme Miette PROVANSAL, descendante de M. Alexis ESTRANGIN, avoué, le 26 février 1971. Et transmise en 2005 par notre cousine Agnès Rostand. Je me permets d'en reprendre le texte sur ce blog afin de le partager plus largement avec la famille, nos proches et amis.

FAMILLES - PROFESSIONS - PRENOMS

Le nom ESTRANGIN est très particulier à notre famille ; nous ne connaissons aucune autre lignée le portant.

A vrai dire, dans la deuxième moitié du siècle dernier, un pécheur habitant dans la ruelle derrière le Vieux Port, ou peut-être sur le quai du port lui-même – au demeurant un fort brave homme – s’appelait ESTRANGIN.

Rien ne permet de contester à cet Estrangin qu’il ne fut point un membre réel de notre famille. Au contraire. Mais nous ignorions à l'époque ; et lui aussi sans doute, les maillons de la chaîne qui le reliaient à notre auteur commun. De quelle branche de l’Arbre était-il une feuille ?

Les ESTRANGIN et leurs alliés sont tous des français, sauf une femme russe de naissance, et un homme d’origine allemande.

Ils sont tous, ou à peu près, provençaux. Ceux qui n’épousèrent pas leur cousine, n’allèrent point chercher femme en des régions lointaines. Il y a quelques exceptions, mais infiniment rares : citons par exemple Etienne ESTRANGIN épousant une poitevine, Mathilde ARNOULD.

Les ESTRANGIN ont été généralement prolifiques, les familles nombreuses ne sont pas rares. Chose curieuse, en regardant l’arbre généalogique, on constate que les plus forts contingents d’enfants dans le même ménage n’ont pas été produit par les anciennes générations (celles des temps vertueux) mais plutôt par les actuelles. Je sais bien que nous n’avons pu garder trace des enfants morts en bas âges. Depuis plus d’un siècle qu’ils se sont envolés, ces anges ont été quelques peu oubliés.

Mais nos aïeux eurent-ils une progéniture aussi nombreuse que certains de leurs actuels descendants ?

Le record appartient, je croie, à Jules MONGES – Jeanne ESTRANGIN, avec neuf enfants.
Etienne ESTRANGIN – Mathilde ARNOULD sont à la tête de huit enfants

A la génération précédente, citons, malgré le risque d’omission :

François ESTRANGIN – Gabrielle GUERIN avec 8 enfants
Alexis ESTRANGIN – Julie JEANBERNAT : 6 enfants
Eugène ESTRANGIN – Thérèse GIBBAL : 6 enfants
Théophile ROUX – Claire ESTRANGIN ont eu 8 enfants parvenus à l’âge adulte, parmi lesquels, deux : Maurice et Paul ROUX ont eu chacun une descendance particulièrement abondante.
Signalons en gravissant un degré, cette curiosité des deux frères Eugène et Maxime ESTRANGIN :
Eugène ESTRANGIN – Paule BLAIN
Maxime ESTRANGIN – Aurélie LALEU
Chacun avec 7 enfants ayant atteint l’âge adulte.
et cette petite curiosité dans cette équipe de Jean ESTRANGIN – Claire ROSTAND ayant 4 fils parvenus à l’age adulte (similitude avec la sous équipe Augustin ESTRANGIN – Claire ROBERTY, l’un d’entre eux) :

Les enfants de maxime, rien que des filles, sauf un garçon qui fait un peu rater la symétrie, les enfants d’Augustin, des garçons seulement. Les deux foyers ne possédaient pas la même sonorité.

Nous parlerons des professions au fur et à mesure que nous ferons spéciale connaissance avec chacun. Nous pouvons annoncer d’ores et déjà que les Estrangin et leurs proches comprennent une majorité d’homme de loi et de négociants, des médecins, mais pas du nom d’ESTRANGIN, des ROBERTY et des alliés contemporains, surtout dans le rameau AUGUSTIN.

La famille, sauf quelques exceptions éminemment glorieuses n’a pas l’esprit scientifique, nous sommes plutôt des littéraires.

Peu de fonctionnaires, les militaires n’abondent point ; un seul porte l’uniforme de la Marine Militaire – et combien brillamment – le Contrôleur de la Marine Georges ANDRÉ, un allié.

L’habit de religieux est porté plus souvent par les femmes que par les hommes, nous avons cependant actuellement Benoît ESTRANGIN à Hautecombe, un fils de Maurice ROUX, à Solesne. Nous avons actuellement deux prêtes Eugène ESTRANGIN et un fils de Maurice ROUX, tous deux au diocèse de Marseille. C’est un progrès, les générations précédentes n’en avaient pas eu, sauf – il y a 100 ans – un chanoine, Xavier, de la branche d’Arles, et – signalons peut-être parmi d’autre inconnus, un vicaire d’Orgon, l’abbé ESTRANGIN, mort de la peste en 1721.

Si nous ne possédons actuellement que ces deux prêtes dans la famille, c’est que sur trois ESTRANGIN (j’entend portant le nom d’ESTRANGIN tués à l’ennemis de 1914 à 1916, deux étaient dans les ordres : un jésuite : ALEXANDRE, tué le 8 septembre 1914 à Sennevièvres (Oise), sergent au 64ème chasseur Alpin et GEORGES séminariste du Diocèse de Marseille, Chevalier de la Légion d’honneur, tué le 29 août 1916 devant Maurepas (Somme), sous lieutenant au 63ème Chasseur Alpins.

Le 3ème ESTRANGIN, « mort pour le, France » est André ESTRANGIN, évacué du front et mort à Marseille le 8 février 1915, époux de Paule TASSY, fils d'Alexandre ESTRANGIN-MELIZAN et frère d'Alexandre, jésuite.

Les deuils n'ont pas manqué de frapper cruellement la Famille : laissant de coté les enfants morts en bas âge – et les victimes de la Guerre mises à part – nous citerons parmi les femmes mortes jeunes :

Notre lointaine aïeule Marguerite ESTRANGIN, née ROSTAND, nous ne pouvons préciser à quel âge, mais en toute certitude avant d'avoir atteint sa 34ème année, et peut-être même n'avait-elle pas 25 ans.

Sa fille Anne-Thérèse ESTRANGIN, épouse du médecin militaire Jacques ROBERTY, morte le 10 juin 1783 avait environ 30 ans ;

La fille aînée de Léon ESTRANGIN, morte en 1890 à l'âge de 20 ans, jeune fille ;

Une autre de ses filles Marie ESTRANGIN, épouse de Jean de la GARDIERE, a disparu plus âgée, mais si charmante.

Les deux filles d'Alexis ESTRANGIN, Marie ESTRANGIN et Jeanne MONGES l'une en 1918, l'autre en 1928, et une alliée Marguerite JACQUEMET, épouse de Louis ESTRANGIN, en 1932, toutes trois sitôt après avoir donné à la famille un membre de plus.


Parmi les hommes, les deux premiers avoués Jean et Alexis ESTRANGIN, le père et le fils, sont morts prématurément, le second surtout à l'âge de 30 ans.

Alexandre ESTRANGIN, époux Mélizan est mort le 2 mars 1886 et a eu un fils posthume, Alexandre, jésuite. Madame Alexandre ESTRANGIN, sa veuve est aujourd'hui la doyenne de la famille.

En plus des trois ESTRANGIN plus haut cités que nous avons perdu à la guerre, citons parmi nos MORTS POUR LA FRANCE : Georges ROUX fils de Paul, un fils de Maurice ROUX, un fils de Henri ROBERTY et Alphonse ROISIN.

Nous ne présentons par contre aucun cas de longévité particulière : ainsi qu'il nous manque pour l'instant, un maréchal de France, un cardinal (mais non un membre de l'académie Française), le "centenaire" fait défaut. C'est dommage, le centenaire fait très bien au tableau et c'est une référence lors des pourparlers d'épousailles, mais nous possédons assez de verts octogénaires pour rassurer les amateurs de longue vie.

Le prénom le plus usité dans la famille est, sans contredit, celui de Jean.

Des deux grands saints : le Baptiste et l'Evangéliste, je crois le doux Ami du Seigneur patron de la Famille plutôt que le rude Précurseur. Au prénom de Jean, n'est jamais accolé chez nous le surnom de Baptiste.

Il est fort probable que les parrainages ont joué leur rôle dans la fréquence de ce prénom. Des origines étrangères à la Famille ont apporté aussi par coïncidence, leur contingent.

Voici, toujours d'après les mentions de l'Arbre généalogique les JEAN de la Famille :

- JEAN, fils aîné de Pierre, auteur de la Branche d'Arles
- JEAN ANTOINE fils du précédent
- JEAN PIERRE, fils de Georges et petit fils du premier
- JEAN JULIEN, fils de Jean Antoine tous de la Branche d'Arles
- JEAN, fils de Louis, notre arrière grand père
- JEAN fils de Maxime et d'Aurélie de Laleu
- JEAN, fils d'Alexis de d'Olga Hunt
- JEAN FRANCOIS ROBERTY, fils de Jacques ROBERTY (2ème mariage)
- JEAN fils d'André et de Paule Tassy
- JEAN fils de Joseph et de Renée d’Inguimbert, ce dernier parait être de tous ces Jean, le petit Jeannot.


Chez les femmes : JEANNE ESTRANGIN épouse de Laleu
JEANNE ESTRANGIN épouse Jules Monges.

Ce prénom est spécifiquement ESTRANGIN, la branche ROSTAND ne le porte pas.

Le prénom féminin le plus fréquent parait être MARGUERITE, il n'a pas de masculin c'est tout à fait regrettable

- MARGUERITE ESTRANGIN, épouse d'André Rostand, notre arrière-arrière-arrière-grand-mère
- MARGUERITE Estrangin de la Branche d'Arles.
- MARGUERITE Estrangin épouse de Louis Ingelbrecht
- MARGUERITE Estrangin, épouse du Docteur Henri Jourdan
- MARGUERITE Monges, fille de Jeanne Estrangin et de Jules Monges

Parmi les alliées:

- MARGUERITE LYONS épouse d'Alexis Rostand
- MARGUERITE ROSTAND, épouse Louis Estrangin, notre arrière-arrière-arrière-grand-mère, et son arrière-arrière-arrière-petite-fille :
- MARGUERITE JACQUEMET épouse Louis Estrangin.


Le prénom d'Alexis est souvent donné soit chez les Estrangin, soit chez les Rostand : aucun allié ne s'est – bien entendu – ajouté à la liste. Ce prénom parait être d'origine Rostand et avoir eu comme premier titulaire dans nos temps historiques :

1. ALEXIS ROSTAND, fils d'Anne Estrangin mort peu avant la Révolution Par lui la contagion se répand :
2. ALEXIS, son fils
3. ALEXIS Estrangin, son petit fils, époux d'Amélie Pastré.
4.5.6. ALEXIS Estrangin, époux de Julie Jeanbernat et ALEXIS Rostand, directeur du comptoir d'Escompte.
7. En l'honneur d'Alexis Estrangin Jeanbernat, nous avons ALEXIS Monges son petit fils.

Sans préjudice des Alexis Rostand actuels, s'il en existe.

Ce prénom est inconnu dans la Branche d'Arles qui n'eut aucun contact avec les Rostand depuis les lointaines origines.


Bruno est un prénom venant de deux cotés distincts :

1- Bruno ROSTAND, fils d'Alexis, auteur de la branche la plus nombreuse des Rostand actuels, parmi lesquels un deuxième BRUNO porté sur notre papier , et les Bruno contemporains postérieurs à notre liste.
2- BRUNO ROBERTY, fils du médecin major et époux de Miette RICHAUD, père de notre grand-mère Estrangin, il en résulte:
BRUNO Roberty, fils d'Hyacinthe et d'Adeline Bernascon, et chez les contemporains, BRUNO Roberty, fils d'Henry et neveu du précédent.
Actuellement BRUNO ESTRANGIN, fils de Louis et Marguerite Jacquemet.

EUGENE : prénom bien Estrangin.

1. EUGENE, fils de Jean et de Claire Rostand.
2. EUGENE, notaire et
3. EUGENIE épouse Pélissier tous deux enfants du précédent.
4. EUGENIE, fille de Maxime Estrangin-de Laleu.
5. EUGENE, fils d'Augustin et de Claire Roberty.
6. l'abbé EUGENE, fils de François et Gabrielle Guérin.
7. le Docteur EUGENE Roberty.
8. EUGENE Rostand père d’Edmond Rostand.

CLAIRE est fréquent chez les femmes de la Famille :

Notre arrière-arrière-grand-mère CLAIRE Rostand, épouse de Jean Estrangin.
Notre grand-mère, belle-fille de la précédente, CLAIRE Roberty, appelée aussi Clarisse.
CLAIRE EULALIE Estrangin, épouse de Théophile ROUX, dont une fille est CLAIRE Roux, épouse Bonnifacy et une petite fille CLAIRE MARGUERITTE Roux religieuse.
CLAIRE Estrangin, fille de Léon et d'Alice de la Gardière.
CLAIRE Estrangin, fille d'Augustin et Marie Estrangin
CLAIRE Diffre, fille de Pierre et Marie Estrangin

Et puis le lot habituel des Aglaé, Anaïs, Palmyre, Adèle et deux jolis prénoms romantique : Adeline et Aurélie.

Et bien entendu le prénom des prénoms de tous les temps : MARIE, souvent porté par les femmes en premier rang, très traditionnellement ajouté à la liste chez les hommes.

CELLE qu'une famille marseillaise nomme avec une spéciale tendresse NOTRE DAME DE LA GARDE est – nous l'en supplions – la Première Patronne de notre Famille.

Quant à la statistique des beaux et des laids, des très jolies et des moins jolies, les générations anciennes en sont épargnées : la photographie n'existait pas pour les aînées ; lors des suivantes, la daguerréotype a pu faire courir quelques dangers mais elle ne donne que des clichés flous, si par hasard, hasard très improbable, une de nos grandes tantes avait été affligée d'un nez trop long, qu'elle se rassure, aucune miniature ne transmet ce défaut. Quant à la génération présente, nous n'avons qu'à nous regarder de face et de profil, chacun répondra selon ses goûts.

Il n'y a pas eu, c'est tout ce qui est à dire, une telle beauté parmi nos femmes que notre réputation ait pu en être flattée ou trop en souffrir, ni notre escarcelle en bénéficier.

dimanche 1 avril 2007

Origine du Nom Estrangin

Cette chronique de la famille ESTRANGIN a été rédigée par Mr Louis ESTRANGIN, avoué à Marseille et terminée le 21 juin 1939. Elle a été recopiée fidèlement par Mme Miette PROVANSAL, descendante de M. Alexis ESTRANGIN, avoué, le 26 février 1971. Et transmise en 2005 par notre cousine Agnès Rostand. Je me permets d'en reprendre le texte sur ce blog afin de le partager plus largement avec la famille, nos proches et amis.

"Nous faisons remonter la généalogie à ESTRANGIN, d’Orgon sans Chercher plus haut, bien que nous possédons des connaissances sur les générations précédentes, ou, du moins, une certitude sur certaines.

C’est ainsi que les recherches de Louis ESTRANGIN (NDLR : cf. notes déjà publiées et la pièce de théâtre), fils aîné d’Etienne, petit fils du notaire ESTRANGIN, ont fait retrouver un premier ESTRANGIN très probable, parmi les habitants d’Orgon, payant un cens au religieuses clarisses d’Apt, en 1460, époque où les actes d’état civil furent régulièrement tenus.

Ces ancêtres furent des jardiniers ou des « ménagers » du pays d’Orgon. Il est évident que ces ancêtres entrevus dans la brume du Temps avaient eux mêmes des ascendants.

Quels furent-ils ?

L’Estrangin de 1460 payant un cens nous montre la famille installée depuis quelques temps déjà à Orgon. Payer l’impôt, c’est avoir quelques biens, être sur la liste des contribuables c’est être classé parmi les gens établis. Il n’est pas sans intérêt, soit dit à ce sujet, que le premier renseignement fourni sur nos pères nous viennent du percepteur, c’est de bon augure pour l’avenir, cela commence bien.

Mais nous ne pouvons croire que pitoyables contribuables des religieuses d’Apt, lesquelles sans doute faisaient gagner le Ciel par la pratique de la charité obligatoire, ait été le premier à porter le nom d’ESTRANGIN.

Que nous descendions des croisés, sans conteste, encore que le croisé de notre ascendance ait, à coup sûr, figuré dans la croisade de Gauthier Sans Avoir, armé d’un solide gourdin, usant ses jambes à longueur de lieues, tirant sa langue sèche, courbant l’échine sous la besace, fantassin de deuxième classe et lointain devancier de certains de sa parenté.

Mais portait-il alors le nom d’ESTRANGIN ?

Nous ne le saurons pas. La date de naissance de notre nom nous est inconnue. Nous pouvant cependant en concevoir avec certitude le lieu et la manière.

ESTRANGIN c’est « estrangié », l’étranger. C’est un nom provençal. Donc il fut donné en Provence, et sans doute à Orgon ou autre village au bord de la Durance. S’il eût donné en terre d’Oïl, nous nous appellerions AUBIN.

Il fut donné à un étranger du lieu, à nouveau venu. Ce nouvel arrivant devait être un solitaire ; j’entend – fut-il marié ou célibataire – qu’il survint seul dans le pays, sinon pourquoi lui aurait on donné un nom qui pouvait aussi bien aller à d’autres et prêter à confusion ? La caractéristique de l’homme était d’être « l’étranger » du pays, le seul.

Ceci exclut toute origine de brutale barbarie. Nous ne sommes point arrivés au milieu d’une horde de goths, de huns ou de burgondes. Il est peu probable, au surplus, que l’homme fut un ostrogoth isolé, égaré, séparé du reste de sa troupe et venant, telle une épave, échouer seul en un lieu habité : d’abord pourquoi se serait-il ainsi détaché de ses compagnons ? et puis très vraisemblablement, les gens du village, par peur ou par représailles l’auraient tout simplement tué.

L’estrangié devait être seul et pacifique, regardé avec méfiance et curiosité, son baragouin devait étonner et faire rire ; peut-être les hommes le surveillaient-ils du coin de l’œil, à cause de leur poules, les femmes évitaient-elles de passer devant sa cabane par crainte de leur vertu, et les enfants sots devaient-ils s’entendre menacer : « si tu recommences, je te donne à l’Estrangié ».

Mais il était paisible et ne faisait aucun mal, la preuve en est qu’il fut si bien toléré dans le village qu’il y resta : en 1720, son descendant était consul.

D’où venait cet isolé ? Quelle avait été son aventure ? Quelle colère fuyait-il ? Quelle vengeance l’avait pourchassé ? De quelle potence, de quel bûcher se garait-il ?

Il n’était pas gallo-romain, il n’aurait pas été si Estrangié que cela. Etait-il de Neustrie ? d’Austrasie ? ou des rives sonores de la Garonne, au pays d’Aquitaine ? Il avait dut rester muet sur ses origines, car sinon, pourquoi lui aurait-on donné ce nom générique , applicable à quiconque provient d’un pays inconnu, mal défini ?… on l’eut appelé, selon le cas, Le PICARD, Le LORRAIN, Le NORMAND…

C’était l’ESTRANGIÉ et, voyez-vous, cette origine de la Famille doit nous donner une légitime fierté : qu’il ait assommé son suzerain au détour d’un sentier, séduit avec violence sa châtelaine, qu’il se soit enfui après une rébellion manquée… c’est au fond un brave homme. Ses nouveaux concitoyens l’ont bien vu après les suspicions du début. Il a été admis parmi eux, il a conquis le droit de cité ; s’il était marié ses fils ont trouvé femme.

C’est grâce à ses qualités qu’il est devenu un habitant parmi les autres, un paysan provençal cultivant sa terre d’adoption, cette bonne terre méridionale qui l’avait accepté comme un de ses fils.

Il a fait souche le nom d’ESTRANGIÉ lui est – et nous est resté, mais nous pouvons grâce à lui nous vanter d’avoir à nos semelles de la belle terre de France depuis des siècles".

jeudi 22 mars 2007

Propriété de Fontvieille : Estrangin & Gibbal

Texte rédigé par Louis Estrangin. "Fontvieille est un domaine de 8O hectares, à 10 kms du Vieux Port de Marseille et appartenant maintenant à la Mairie d’Allauch. Depuis le début du XIX il a appartenu aux familles Pinatel et Gibbal. Thérèse Gibbal épousa Eugène Estrangin II, notaire, vers 1875 et trois générations d’Estrangin y passèrent leur enfance avant la vente en 1990.

Domaine voisin de La Treille, patrie de Pagnol. Les collines de ses films ont connu bien des promenades familiales. Ce bel édifice construit en 1845, sur « une vieille source » d’où son nom, est inspiré des villas italiennes de l’architecte Palladio. Avec neuf fenêtres de façade et un avant-corps en terrasses, un vaste rez-de-chaussée installé en cave pleine de grands fûts, puis trois étages. On en trouve de belles photos sur pleine page dans des ouvrages sur « châteaux et bastides marseillaises."



Acte V, scène 3 et fin : revue des Estrangin

Merci à nos cousins Rostand pour la photo du Mas d'Estrangin.

Acte V, Scène 3
Décor
La scène a été vidée. On se trouve dans la remise de Fontvieille le 18 septembre 1938.

Acteurs
- Jules Estrangin
- Hilaire Estrangin qui lui répond au nom de toute la famille.

Jules Estrangin
Oh pardon. Bonjour la compagnie. Esscusez moi, eh Monsieur Estrangin, s’il vous plaît ?

Hilaire dans l’assistance se lève
Hilaire Estrangin
Lequel ? Il y en a treize ici ?
Jules Estrangin
Tant mieux
Hilaire Estrangin
Mais, vous demandez qui ?
Jules Estrangin
Je cherchais Monsieur Estrangin qui est Président de la Chambre d’Agriculture
Hilaire Estrangin
Bien, mais vous savez en ce moment c’est dimanche. Il est occupé avec sa famille.
Jules Estrangin
Eh bien tant mieux : c’était justement pour y demander des renseignements sur sa famille.
Hilaire Estrangin
Je peux peut-être vous répondre si les questions ne sont pas trop indiscrètes ou compliquées.
Jules Estrangin
Voilà je voudrais savoir si vous connaissez un peu loin dans les siècles vos grands-parents ?
Hilaire Estrangin
Eh bien oui, avec quelques interruptions jusque vers 1460.
Jules Estrangin
Pas possible. Et qu’est-ce que vous en savez de ceux de 1460 ?
Hilaire Estrangin
Qu’il y avait un Estrangin qui s’appelait Jules.
Jules Estrangin
Ah oui… le vieux sourit
Hilaire Estrangin
Vous avez peut-être des renseignements sur lui puisque vous souriez ?
Jules Estrangin
Oh ! oui. Quelques uns.
Hilaire Estrangin
Donnez-les moi pour mon frère, ça lui fera plaisir.
Jules Estrangin
Attendez. Quand vous m’en aurez donné d’autres.
Hilaire Estrangin
Bon. Je continue. Nous savons ensuite que sous le Roi Henri IV a vécu un François Estrangin. Il a épousé Violande Arbrand et sous Louis XIII il a eu six enfants. Son fils Pierre épousa Madeleine Arquier et eut dix enfants. L’un d’eux, Jean épousa Delphine Jourdan et eut six enfants. Son fils Alexis fut Trésorier d’ Orgon sous Louis XV et épousa Thérèse Isnard. Il eut quatre enfants dont Louis qui épousa Marguerite Rostand et mourut fusillé en 1797. Jean, son fils, a quitté la région d’Orgon et est venu se fixer à Marseille. Ce Jean a aujourd’hui plus de 350 descendants.
Jules Estrangin
Et bien c’est pas mal. Les grandes familles sont pas trop perdues malgré ce que j’ai entendu dire…Et ces 350 descendants, ils sont tous braves ?
Hilaire Estrangin
Qu’est-ce que vous voulez dire, par-là ? Qu’ils sont consciencieux ? Qu’ils ne volent pas ?
Jules Estrangin
Oh ! c’est guère ça. Je vous demande si ce sont tous de braves gens, qui s’occupent un peu des autres, qui font pas d’esbrouf, et qui sont bons chrétiens.
Hilaire Estrangin
Et bien oui ; je crois qu’ils sont tous braves.
Jules Estrangin
Y en des paysans ?
Hilaire Estrangin
Pas beaucoup. Maurice, près d’Aix et un autre près d’Aubagne.
Jules Estrangin
Pas plus. Et les autres alors ? Au moins y en a pas qui sont de ces gens de justice, grippe-sous, qui écrasent les pauvres gens et rendent la justice de travers.
Hilaire Estrangin
Ah si beaucoup. Depuis un siècle et demi il y en a toujours eu dans « la robe ».
Jules Estrangin
Quoi, ils portent de ces grandes robes noires qui font ressembler tous ces gens de justice à de grands corbeaux ?
Hilaire Estrangin
Oui, il y a eu un juge qui rendit la justice avec droiture et qui fut nommé au Tribunal de Cassation pour casser les jugements mal rendus : Auguste Fabry.
Jules Estrangin
Ca c’est bien. Il a fait ce que moi je voulais faire depuis longtemps.
Hilaire Estrangin
Et puis les autres, depuis plusieurs générations, avocats, avoués, notaires, ont aidé les familles dans la défense de leurs biens et ont secouru les malheureux contre l’injustice. Il y a même eu un moment à Marseille où c’étaient des Estrangin qui étaient : Président de la Chambre des Avoués, Président de la Chambre des Notaires et Bâtonnier de l’Ordre des Avocats.
Jules Estrangin
Et y en a qui ont de l’instruction ?
Hilaire Estrangin
Oui, pas mal ; et y en a un certain nombre qui sont des professeurs : les demoiselles Tradif qui instruisent les petites filles de Pont de l’Etoile. Les demoiselles Estrangin qui instruisent les jeunes filles de Marseille. Et puis les Fabry : Eugène et Charles, savants professeurs, Louis l’astronome qui regardait dans sa grande lunette la lune et les étoiles et qui a même découvert une comète. Tous trois, ce qui est rare, membres de l’Académie des Sciences.
Jules Estrangin
Et des religieuses il y en a ?
Hilaire Estrangin
Oui plusieurs. Il y en a en France pour secourir les pauvres et il y en a même une à Jérusalem.
Jules Estrangin
Il y a plus les Turcs là-bas ?
Hilaire Estrangin
Si, ils y sont toujours et même ils mettent leurs enfants à l’école des sœurs.
Jules Estrangin
Ca c’est drôle. De mon temps on nous disait de partir pour tous les tuer. Et des prêtres il y en a aussi ?
Hilaire Estrangin
Oui, il y a des moines
Jules Estrangin
Ceux-la je les aime pas trop : parce qu’il faut qu’on les fasse vivre même si on en a pas envie.
Hilaire Estrangin
Pas du tout : à présent ils vivent dans la pauvreté et ne reçoivent que de ceux qui veulent bien leur donner. Il y a deux bénédictins. Et puis il y a un abbé qui fait faire de l’apprentissage à de petits orphelins.
Jules Estrangin
Mais alors, c’est beaucoup de bien qui se fait par tous ces gens là. Ma pauvre vieille avait vraiment raison. Est-ce qu’ils ont beaucoup d’argent tous ?
Hilaire Estrangin
Non, pas beaucoup : le nécessaire mais pas le superflu en général.
Jules Estrangin
Ah et bien ça, ça me fait plaisir parce que comme ça, ma vieille elle s’est trompée en me disant que nos enfants ils seraient riches. Et puis parce que c’est bon au fond de ne pas avoir trop d’argent…Ca fait des gens plus braves quand ils en ont pas trop.
Hilaire Estrangin
Vous dites « de vos enfants » ?
Jules Estrangin
Et oui, mon brave. Tu as pas l’air de te douter et toute la compagnie, que je suis le Grand-Père de vous tous, celui qui vivait il y a 500 ans. En 1438, quelques années après la mort de la pauvre Jeanne d’Arc. Voyez, je reste pas parce que vous seriez peut-être pas bien contents de m’avoir avec vous…Vous me feriez peut-être manger à la cuisine, et puis parce que votre Grand-Mère, ma vieille, elle doit se languir de ne pas me voir revenir…Avec ces autos, on s’inquiète si vite, pas vrai ?
Alors dites bien aux 350 descendants de mon petit-fils Jean qu’ils continuent bien tous à être de braves gens et qu’ils pensent un peu plus que moi à leurs descendants dans 500 ans, les jours qu’ils auront pas trop de courage.
Au revoir la compagnie. A bientôt au Ciel, et travaillez, eh, parce que nous autres on a une bonne place et si vous voulez qu’on soit à côté, et bien….

Acte V, scène 1 et 2 : revue des Estrangin


Acte V

Données historiques et Prologue
Les données utilisées dans cet acte sont des faits assez récents pour être connus de tous par la tradition orale. Que l’on veuille bien tenir compte que cet acte ne veut pas être la représentation d’une liste complète des quelques descendants actuellement vivants ou décédés récemment de la famille Estrangin. Ce n’aurait plus été qu’ une très simple revue familiale.
Les auteurs de la revue ne veulent oublier aucun des membres de la famille dont beaucoup auraient eu des titres à être cités. La mort héroïque des uns au cours de la Grande Guerre, les titres civils souvent importants des autres, l’affection que l’on porte à tous pourrait les faire citer. Les lignes qui suivent veulent seulement, au hasard, marquer quelques-unes des professions actuellement occupées par des membres de la famille à titre de curiosité.
Puisse du moins cette revue, si elle ne fait pas un tableau complet de la famille, permettre et surtout aux jeunes des contacts plus fréquents et une affectueuse solidarité.


Acteurs
- Le vieux paysan du XV° siècle, Jules Estrangin
- Une paysanne de 1938 habitant le Mas Estrangin
- Le curé d’Orgon
- Hilaire Estrangin et la famille

Scène 1

La scène est à Orgon en septembre 1938

Décor
Le mas Estrangin comme au premier acte, et de plus des cageots, une bicyclette, un fourneau au butane.

La paysanne de 1938 inspecte les murs délabrés de son mas.

La paysanne
Ah ! Je vois que notre mas il est pas neuf. Faudra t’y que je dise à mon homme d’y donner un coup de ciment. Qui sait déjà toutes les réparations qu’on lui a faites ? Et qui sait qui l’a construit. Pour moi il a au moins 500 ans. Ah ! Ils devaient être plus heureux que nous dans le temps. Ils avaient pas l’auto, ni le cinéma il y a 500 ans, mais ils avaient pas non plus des impôts comme à présent pour fabriquer des avions. Ils pouvaient manger leur blé plutôt que le vendre à la coopérative à un prix qu’ils fixent à Paris. Ah ! Ils étaient pas contents de leur sort, mais s’ils revenaient maintenant, alors.

On frappe à la porte de la remise. Elle ouvre. Entre Jules Estrangin.

Jules Estrangin
Oh ! Madame. Comment vous appelez-vous ? Etes-vous un Estrangin ?
La paysanne
Comme tu dis ? Estrangin ? Connais pas
Jules Estrangin
Connais pas. Il n’y en a donc plus dans le pays d’Estrangin ? C’est bien la peine qu’on ait trimé comme on l’a fait, qu’on ait pris tant de mal à élever 12 enfants. Il y en a plus tu dis ?
La paysanne
Non, voyez, je n’en connais pas par ici…Mais attendez je me souviens d’un petit jeune homme qui est venu ici un soir il y a quatre ans et qui m’a causé un bon moment et qui a pris une photographie du mas parce qu’il disait comme ça qu’il était d’une famille qui avait habité là dans le temps. C’était peut-être un Estrangin ? Vous pourriez peut-être demander au Curé. J’ai vu qu’il est allé lui causer.
Jules Estrangin
Ah ! bon. Merci eh !. Je vais y aller.

Il ressort par la petite porte, revient par la grande porte, et frappe à l’atelier.

Scène 2

Jules Estrangin
Moussu lou Cura, vous connaissez pas, par hasard, un Estrangin par-là ?
Le Curé
Estrangin, Estrangin, si c’est un nom connu…Attendez. Voyons. D’abord il y a une place à Marseille qui s’appelle comme ça…Et puis attendez, je regarde l’Ordo…Oui, c’est ce qu’il me semblait…il y a un abbé Estrangin, Eugène Estrangin qui est vicaire à Marseille…Et puis voyons quand j’étais à Aix au Grand Séminaire, j’ai connu un avoué qui s’appelait Estrangin.
Jules Estrangin
Un avoué, qu’es aco ?
Le Curé
Savez pas ce que c’est un avoué ?
Jules Estrangin
Et non, Moussu lou cura. C’est qu’il faut m’excuser, je suis mort il y aura bientôt 450 ans.
Le Curé
Comment ?
Jules Estrangin
Oui, 450 ans. En l’an quatorze cent nonante de la rédemption du Seigneur Jésus. Mais le Bon Dieu il m’a permis de redescendre faire un petit tour sur la terre, parce que voyez-vous – à vous je peux bien le dire mais vous ne le répéterez pas, eh parce que c’est pas un bon essemple - eh bien au Ciel je faisais du tapage en disputant ma vieille. Une vieille habitude vous comprenez. Comme on faisait tous les deux sur la terre !
J’y disais toujours « les enfants, vois-tu on se crève pour eux et puis ça fait rien de bon."
Et elle toujours elle répondait « Ne pense pas à tes enfants, mais à leurs enfants à eux et puis ainsi de suite pendant les siècles et les siècles. Pense un peu, mécréant, à toutes ces âmes que tu auras permis de créer, à tous ces hommes, à toutes ces femmes qui seront tes descendants, à toutes ces belles choses qu’ils feront…Ils seront pas tous malheureux comme nous. Peut-être il y en aura qui auront de l’instruction. Peut-être ils seront riches comme ces beaux marchands d’Avignon ou d’Aix qu’on voit des fois passer sur la route royale. »
J’y répondais : « Oh !. Bon Dieu. Et s’ils disparaissaient tous. La pauvreté, les maladies, la guerre les tueront tous. »
Et elle, elle avait la foi : « pour sûr qu’ils mouront tous, mais ils auront eu aussi des enfants. Et longtemps, longtemps sur la terre, il y aura des gens qui te connaîtront plus, sûr, mais qui profiteront de notre pauvre travail."
« O pécaïre, que j’y faisais, tu crois ? »
Alors un jour, le Bon Dieu, qu’il en avait assez de toujours nous voir disputer comme ça, il m’a dit : « eh bien, vas-y un peu sur la terre voir si elle dit pas vrai ta femme ?» Et alors je suis venu.
Alors vous me dîtes qu’il y en a un qui est curé. Ca je sais ce que c’est, c’est pareil comme de mon temps. Et puis un autre qui est avoué ? Et puis vous en connaissez plus ?
Le Curé
Si, il y en a encore un dont on parle des fois dans les journaux, un Estrangin qui est Président de la Chambre d’Agriculture. Il est élu par les paysans pour s’occuper d’eux.
Jules Estrangin
Et il est paysan ?
Le Curé
Je crois qu’il a une campagne. Je l’ai vu une fois dans son journal Alpes et Provence, à Allauch, je crois.
Jules Estrangin
Bon, merci, je vais aller le voir. Puisqu’il s’occupe des paysans, je pense qu’il me recevra bien. Au revoir, Monsieur le Curé.

Il sort par la grande porte et réapparaît à la petite.

Acte IV : revue des Estrangin

Acte IV

La scène est dans le Cabinet du Préfet de Marseille en 1851.

Données historiques
Sur la plaque de marbre du premier étage du Palais de la Bourse où sont inscrits les noms des Présidents du Tribunal de Commerce, le nom d’Eugène Estrangin est un des seuls à ne pas être suivi du signe de la Légion d’Honneur. La tradition orale de la famille raconte qu’il ne l’a pas eue pour avoir refusé à cause de ses opinions royalistes, de terminer un discours par « Vive l’Empereur » au moment où le Président Louis Napoléon Bonaparte faisait le tour de France pour préparer l’Empire. Les supplications du Préfet ne purent l’y décider.

Décor
Deux fauteuils, deux chaises, une table de bureau. Un certain luxe.

Acteurs
- Un huissier
- Le Préfet
- Eugène Estrangin (une cinquantaine d’années )

Le Préfet travaille. Un huissier frappe, ouvre et annonce

Huissier
Monsieur Eugène Estrangin, Président du Tribunal de Commerce.
Eugène Estrangin
Je vous présente mes respectueux respects, Monsieur le Préfet.
Le Préfet
Comment allez-vous, Monsieur le Président ? Veuillez vous asseoir.
Eugène Estrangin
Monsieur le Préfet, je viens comme vous me l’avez demandé prendre vos instructions pour le voyage prochain de Monsieur le Président de la République
Le Préfet
Le voyage du Prince Président
Eugène Estrangin
Si vous voulez, Monsieur le Préfet.
Le Préfet
Et bien, Monsieur le Président, vous aurez la parole au banquet offert par la Ville au Prince, immédiatement après Monsieur le Maire. Le Maire aura je pense signalé à la sollicitude du Prince les désirs et les besoins de la Ville. Vous même vous pourriez peut-être exprimer l’attachement du commerce marseillais et j’en suis sûr de la ville toute entière, à la famille impériale. Que diriez-vous d’un toast se terminant par un « Vive l’Empereur » très enthousiaste ?
Eugène Estrangin
C’est impossible, Monsieur le Préfet.
Le Préfet
Vous n’allez pas refuser, Monsieur le Président ?
Eugène Estrangin
Si, je refuse, Monsieur le Préfet.
Le Préfet
Je vous en prie, réfléchissez. Pourquoi refuseriez-vous ?
Eugène Estrangin
Parce que je n’ai pas l’habitude, Monsieur le Préfet, de parler contre ma conscience et contre la pensée des commerçants dont je suis le représentant.
Le Préfet
Comment ça ?
Eugène Estrangin
Nous ne souhaitons pas le retour du régime impérial
Le Préfet
Mais pourquoi ?
Eugène Estrangin
Parce que l’Empire c’est la guerre. Parce que le blocus a ruiné Marseille. On s’en souvient ici.
Le Préfet
Oh ! Mais non. Le Prince dans son discours de Bordeaux a proclamé « l’Empire c’est la paix ».
Eugène Estrangin
Bonne parole, Monsieur le Préfet, mais qu’il ne pourra respecter longtemps.
Le préfet
Comment vous ne croyez pas le Prince. (Air navré)
Eugène Estrangin
Le régime impérial s’appuie sur les plébiscites, donc sur l’opinion publique. L’opinion qui soutiendra l’Empire voudra la guerre.
Le Préfet
Mais le Prince saura bien la convaincre.
Eugène Estrangin
Le Président, Monsieur le Préfet, est carbonaro. Il devra nécessairement faire la guerre à l’Autriche.
Le Préfet
Mais non il veut pratiquer une politique traditionaliste.
Eugène Estrangin
Le Roi, Monsieur le Préfet, saura mieux que le Président, pratiquer la politique de ses ancêtres.
Le Préfet
Mais vous ne pouvez nier la bonne volonté du Prince pour le commerce de Marseille. Il a déjà fait dresser un plan d’extension du port ; il va inaugurer la Jetée de la Joliette.
Eugène Estrangin
La Ville, Monsieur le Préfet, a grandi grâce à la conquête de l’Algérie menée par un Prince d’Orléans. La République doit laisser la place au Roi. Nous n’avons pas besoin d’un empereur.
Le Préfet
Mais le désordre social, mais l’anarchie ne la craignez-vous pas ? Les massacres de Juin ?
Eugène Estrangin
Ils sont une raison de plus de ne pas exciter davantage les ouvriers en leur rappelant la conscription de 1811 ou 1813. La prospérité de la Restauration avec les libertés de 1830 les satisfont. L’accroissement du Commerce du Port fera les reste.
Le Préfet (de plus en plus navré)
Mais enfin, Monsieur le Président, vous ne pouvez pas décider sincèrement le maintien de la République, vous riche commerçant et homme d’ordre. Le retour du roi est une utopie trois ans après les journées de février. Et il vous faut une autorité fondée sur autre chose que la loi du nombre, sur un principe supérieur, sur l’hérédité !
Eugène Estrangin
Parfaitement, Monsieur le Préfet, je préfère le descendant d’une race, ointe à Reims vingt fois, au descendant d’un usurpateur qui s’est couronné lui-même en présence d’un Pape prisonnier.
Le Préfet
Mais enfin, Monsieur, c’est trop tard. Depuis le coup d’état de décembre le Prince est maître de l’Armée et de l’Intérieur. Il est en fait tout-puissant. Il faut le reconnaître, lui permettre d’aller jusqu’au bout. Nous avons besoin de lui pour relever le pays. Monsieur le Président, je fais appel à votre patriotisme, je vous supplie de porter ce toast.
Eugène Estrangin
Monsieur le Préfet, si le Président est tout puissant, si l’Empire est inévitable, il n’a pas besoin de mon pauvre souhait à la fin du toast. Du moins ne me serai-je pas associé à son retour.
Le Préfet
Mais le Président vous aurait remis la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Eugène Estrangin
Et bien, je ne l’aurai pas.
Le Préfet
Est-ce vraiment votre dernier mot ?
Eugène Estrangin
Oui, Monsieur le Préfet. D’ailleurs le premier Juge du Tribunal de Commerce est bonapartiste. Il fera volontiers ce toast. (songeur) Et il aura la Légion d’Honneur…Je serai l’un des seuls Présidents à ne pas l’avoir…Je pense que mes enfants sauront pourquoi et ne me respecteront que davantage…Je vous salue Monsieur le Préfet.
Le Préfet
Je suis sincèrement navré, Monsieur le Président. Je vous en prie, réfléchissez encore et si vous vous décidez, revenez me le dire.
Eugène Estrangin
Je ne pense pas revenir, Monsieur le Préfet.

Acte III : revue des Estrangin

Merci à nos cousins Rostand pour la photo du Mas d'Estrangin.

Acte III

La scène est à Orgon au début de l’année 1800

Données historiques
Alexis Estrangin fut au milieu du XIII siècle Trésorier de la Communauté d’Orgon. Son fils Louis, « bourgeois » enrichi alla s’installer à Eygalières dans les propriétés que lui avaient laissées sa femme Thérèse Isnard. Il prêtait beaucoup d’argent aux paysans (les registres notariaux d’Orgon et d’Eygalières en ont conservé les traces). Il émigra en 1793. Ses biens furent confisqués. Il fut fusillé à Avignon en 1797. Son frère Xavier, Vicaire, avait prêté serment à la Constitution Civile du Clergé le 27 janvier 1793, mais se rétracta sans doute et fut proscrit le 20 Brumaire An II. Le fils de Louis, Jean, également proscrit à cette date avait été député à l’Assemblée Populaire de Marseille en 1790, avait épousé en avril 1793 Claire Rostand et obtenu une chaire à l’Ecole de Droit d’Aix. Il vint en 1800 se fixer comme avocat à Marseille.

Décor
A peu près le même qu’au premier acte.

Acteurs
- Jean Estrangin (43 ans) habillé avec distinction en muscadin.
- Sa femme (28 ans) en merveilleuse
- Un vieux paysan
- Le cocher muet

Un coupé s’arrête à la porte de la maison. Jean et sa femme descendent. Le paysan les accueille.

Le paysan
Té, Moussu Jean, bien le bonjour et à Madame aussi.
Jean Estrangin
Bonjour, mon vieux Pierre. Ca va bien ?
Le paysan
Toujours pareil
Jean Estrangin
Vous voyez je suis revenu avec ma femme pour revoir cette maison où ont habité mes grands-parents pendant des siècles.
Le paysan
Té, vous gênez pas pour entrer. C’est pas grand, c’est pas riche, mais c’est de bon cœur. Et puis j’oublierai pas la bonté de votre père, Moussu Louis qui me l’a donnée quand il est parti pour Eygalières…Vous boirez bien un petit verre. Il est du côté d’Eygalières, d’une vigne que Moussu Louis il m’avait fait planter quand j’étais son fermier, oh ! il y a du temps, l’année de la bataille de Fontenoy.
Jean Estrangin
Alors vous vous souvenez encore du temps où je jouais ici.
Le paysan
Si je m’en souviens, bien sûr. Moussu Louis, votre père était si bon pour nous. Ah ! on l’a bien regretté quand il a quitté la paroisse pour aller vivre à Eygalières dans les biens de son grand-père Isnard.
Jean Estrangin
Oh ! Eygalières n’est pas bien loin.
Le paysan
Et puis il était resté toujours le même. On pouvait toujours frapper à sa porte, on était sûr qu’il vous donnait ce que vous lui demandiez. Ah ! Il en a tiré de l’embarras en leur prêtant de quoi réparer une mauvaise récolte ou des maladies dans le troupeau. Ah ! Il était aimé pour sûr le pauvre Moussu Louis ! Son père Moussu Alexis, qui était Trésorier, qui levait les impôts pas vrai, il l’était moins aimé. C’était sa fonction qui voulait ça. Mais Moussu Louis, il était aimé.
Jean Estrangin
Et de mes oncles, tu t’en souviens ?
Le paysan
Bien sûr Moussu Jean. Votre oncle Moussu Jean qui était juge à Tarascon et à Arles, et qu’on voyait revenir l’été pendant les vacances des tribunaux. Et votre Oncle Xavier, qui était vicaire d’Eygalières. Je les ai connus pitchounets. Je jouais avec eux. Ah ! c’était tout du brave monde, je vous assure.
Jean Estrangin
Oui, et ils ont tous disparus les pauvres.
Le paysan
Ah ! en parlez pas ! On pouvait pas y dire pourtant qu’ils étaient pas dans les bonnes idées. Dans la famille entre tous, vous y étiez pas pour le maintien des privilèges qui devaient plus essister et vous preniez bien la défenses des braves gens.
Jean Estrangin
Oui nous étions bien patriotes en 1790
Le paysan
Pour sûr. On dit même que Moussu Jean votre Oncle, à Arles, il a fait beaucoup de discours pour faire commencer la Révolution. On dit que c’est lui qui a organisé la fête de la fédération en 1790. C’est y vrai ça ?
Jean Estrangin
Oui, bien sûr.
Le paysan
Et votre Oncle Xavier qui approuvait les décisions de l’Assemblée.
Jean Estrangin
S’il les approuvait. Il a même prêté serment à la Constitution civile du Clergé dans les premiers temps, avant que le Pape dise que c’était pas permis.
Le paysan
Et puis on vous aimait tous bien. Ils vous l’avaient bien montré les électeurs du District en vous envoyant comme député à l’Assemblée Populaire de Marseille en 1791.
Jean Estrangin
Oui j’espérais y rendre service. Et puis nous avons été dépassés par les plus braillards sans culottes. La Terreur s’est installée dont nous ne voulions pas nous autres. Alors, même les patriotes comme nous, nous avons du fuir à l’étranger. Et c’était dur tu sais un mois après s’être mariés. N’est-ce pas Claire ?
Le paysan
Comme ça, vous vous êtres mariés deux mois après la mort du Roi ? C’était guère un bon moment.
Jean Estrangin
Non mais comme ça on serait deux pour supporter les épreuves.
Sa femme
Et ce n’était pas tous les jours très drôle. Et nos lettres en style secret qui n’arrivaient pas toujours…
Jean Estrangin
Ah ! On le regrettait je t’assure le pays. On en parlait sans cesse là-bas…
Le paysan
Ah ! vous savez on vous regrettait bien aussi ici. Mais sous prétesste que des révolutionnaires de Paris – je vous demande un peu si Paris ça doit commander à toute la France- ils voulaient que ce Robespierre il soye le maître, alors dans tous les villages c’étaient les essités qu’ils étaient les maîtres.
Jean Estrangin
Et mon pauvre père l’a bien prouvé qu’il aimait trop son pays. Il est revenu trop tôt et sous cet infect régime qui vient heureusement de finir, où les Directeurs donnaient des gages partout favorables, un jour à l’Ordre et un jour à la Révolution, on l’a arrêté un beau matin de 1797 et fusillé à Avignon comme un ennemi du pays.
Le paysan
Un ennemi du pays. Je vous demande un peu. Ennemi du pays lui qu’il y en avait pas de meilleur que lui pour tous les gens du pays. Ah ! Je ne sais pas où on va, mon brave Moussu Jean.
Jean Estrangin
On ne le sait pas c’est certain, mais il faut espérer tout de même. Regarde ce Général Bonaparte comme il vient d’envoyer coucher les Conseils. Les Eglises se rouvrent. On reprend courage. Il est évidemment un peu jacobin, mais s’il redonne un peu de confiance et de paix sociale au pays, celui-ci se redressera tout seul.
Le paysan
Oui, peut-être…Mais vous, Moussu Jean, qu’est-ce que vous faites à présent ?
Jean Estrangin
Moi, je suis professeur à l’Ecole de Droit d’Aix.
Le paysan
Eh bien ! si je l’aurais cru quand je vous voyais jouer avec mes gamins.
Jean Estrangin
Et je vais m’installer à Marseille comme avocat.
Le paysan
A Marseille ! Ca vous fait pas peur la grande ville ?
Jean Estrangin
Oh ! Elle n’est pas encore si grande que ça.
Le paysan
Alors vous abandonnez le pays ?
Jean Estrangin
Il faut bien, puisque le Révolution nous a volé nos terres.
Le paysan
C’est vrai ça. Ah ! Je me rappelle le jour – c’était le 20 messidor an II je crois,…oui, où la section révolutionnaire d’Eygalières elle a affiché sur l’église « Les émigrés sont proscrits. Leurs biens sont confisqués ou seront vendus au profit de la Nation. Il y avait d’abord le Temple de la Raison (la ci-devant l’église comme ils disaient ). N’importe qu’elle l’est redevenue Eglise…Et puis toutes les terres de Moussu Louis. Sa maison de la place, son mas des Eyrons, son moulin, et puis ses vergers de Passeron et de Coutras, ses prés de La Palud et toutes ses vignes qu’il en avait un morceau dans tous les bons coins du terroir, en tout 35 hectares de bonne terre et plantes, comme on dit à présent.
Jean Estrangin
Oui, nous ne vivrons plus dans le pays où notre famille a vécu depuis plusieurs siècles peut-être… ( Il rêve )
Nous permets-tu de remonter encore une fois au premier étage ?
Le paysan
Sûr, Moussu Jean, attendez je vous devance, excusez-moi pour mettre en ordre si des fois, pas vrai ?

Ils montent…puis redescendent

Jean Estrangin
Merci beaucoup, mon vieux Pierre, pour ces bons souvenirs que nous avons pu faire revivre. Viens nous voir si tu descends à Marseille pour le marché ou pour voir la mer.
Le paysan
Sûr que j’irai vous voir, voir comment vous êtes installés…Ca sera mieux qu’ici…Mais vous non plus n’oubliez pas Orgon. Revenez-y un peu. Vous êtes chez vous ici vous savez. Et puis parlez en à vos petits de ce pays où leurs grands-pères ils ont vécu. Croyez moi, Moussu Jean, ça leur fera du bien.

Ils remontent en voiture et partent.

Acte II, scène 2 : revue des Estrangin

Scène 2
Le 18 avril 1721

Estrangin
Oh ! Jouve.
Autre Consul
Oh !
Estrangin
Viens on va continuer les affaires qu’on a laissées, il y a quatre mois avant la maladie. Et bien on s’en est bien tiré.
Autre Consul
Oui mais les finances elles vont pas trop bien.
Estrangin
Combien a t-on dépensé ?
Autre Consul
On a eu 265 personnes mises en quarantaine (qu’on y a brûlé leurs vêtements et qu’on les a remplacés) et 135 malades hospitalisés et peuchère ils ont fait 135 trépassés. Le major de la garde, les chirurgiens, l’apothicaire, les onze corbeaux, les cinq infirmières, les approvisionnements pour tout ce monde ça fait un total…voyons…de 30.000 livrées.
Estrangin
Et bien c’est pas mal. Le revenu de deux ans.
Autre Consul
Et puis ça fait des veuves et des orphelins qu’il va falloir les secourir. C’est égal on a eu qu’un mort pour dix habitants. C’est pas essessif. Et puis on a eu de beaux actes de courage. Surtout Moussu le vicaire, là votre cousin, qu’il se dépensait sans arrêt et qu’il est mort, pechère, và trente ans.
Estrangin
C’était son devoir, Jouve
Autre Consul
Oh ! sûr ( Silence)
Estrangin
Ah ! C’est l’heure d’aller souper. On continuera ce tantôt. A tout à l’heure.
Autre Consul
Ah ! je vous accompagne bien jusqu’à la fontaine.

Acte II, scène 1 : revue des Estrangin

ACTE II

La scène est à Orgon, à la Maison de Ville en 1720

Données historiques
Un Estrangin fut consul d’Orgon au XVII siècle.
1721. Les dépenses de la Communauté d’Orgon pendant la peste sont exactes, ainsi que les diverses affaires dont s’occupe le consul. Elles sont seulement rapprochées dans le temps.

Décor
Une pièce très simple. Quelques chaises. Deux tables.

Acteurs
- Pierre Estrangin, consul d’Orgon.
- Sa femme
- Un ou deux enfants
- Un autre consul
- Un cavalier
- Une femme


Scène 1

le 29 décembre 1720
Pierre Estrangin entre, salue l’autre consul et s’assied devant la table.

Pierre Estrangin
Alors y a beaucoup de travail aujourd’hui ?
Autre Consul
Oh ! oui Monsieur le Consul
Pierre Estrangin
Ah ! ces papiers, y en a de plus en plus. Nous sommes perdus par les papiers et surtout quand on est paysan – pas vrai Jouve – on les aime guère les papiers. Alors dis moi les affaires.
Autre Consul
D’abord, y a le seigneur de Saint-Andiol qui trouve qu’on lui prend trop d’eau au canal du moulin. Y veut nous empêcher d’arroser le samedi après midi l’été prochain.
Pierre Estrangin
Non, mais alors. On a déjà que le samedi et le dimanche pour arroser. Il l’a croit toute à lui l’eau de la Durance ? Elle est faite pour tout le monde peut être ? Tu lui répondras que c’est pas possible. Et que s’il accepte pas, on lui portera plus notre grain à moudre à son moulin.
Autre Consul
Bien, monsieur le consul.
Pierre Estrangin
Et puis ?
Autre Consul
Il y a les habitants des quartiers des Fumades qui demandent que vous alliez voir les terres de la Durance, elle a emporté à la dernière crue plus de cent saumées qu’ils disent, presque comme dans la grande crue de 1702 quand toute la plaine avait été recouverte de sable et le village inondé trois jours. C’est pour diminuer leur part dans les impositions.
Pierre Estrangin
Dis que j’irai dimanche. Mais si tout le terroir s’en va à la mer je me demande comment ils vivront nos descendants.

Un paysan arrive essoufflé et parle vite
Paysan
Monsieur le Consul, venez vite, y a des gens de Cavaillon qui sont dans les Iscles à ramasser du bois. J’y ai dit que c’est pas à eux. Alors ils m’ont injurié. Alors j’y ai lâché mon chien dessus. Alors ils m’ont tiré dessus un coup de fusil. Si c’est pas malheureux. Ils m’ont manqué parce que j’ai couru. Venez vite pour y dire vous. Mais on va vous accompagner avec les fusils.
Pierre Estrangin
Non, va chercher plutôt Rostand le notaire. Qu’il fasse un constat, ça vaudra mieux pour le Parlement. Il connaît les formes lui. Alors continue.
Autre Consul
Il y a aussi du Conseiller de Laidet, vous savez celui qui est venu il y a trois ans pour arrêter les dettes de la Communauté. Il demande une liste des nouvelles dettes que nous avons faites depuis.
Pierre Estrangin
Bon tu demanderas l’état au Trésorier. Mais les finances n’ont pas l’air d’aller bien, dis. Le revenu de cette année est de combien ?
Autre Consul
Treize mille livres, Monsieur le Consul.
Pierre Estrangin
Et les dépenses déjà prévues
Autre Consul
Quinze mille livres
Pierre Estrangin
Et bien c’est pas mal. Déjà deux mille livres de dettes. Pourvu qu’il n’arrive rien d’extraordinaire cette année.

On frappe. Entre un cavalier en sueur. Ou si l’on veut un enfant qui annonce qu’un cavalier lui a remis une lettre.

Cavalier
C’est vous le Consul d’Orgon ?
Pierre Estrangin
Oui,
Cavalier
Bon voilà un message. C’est les consuls de Marseille, Estelle et Moustiers qui m’ont dit comme ça de vous le porter en crevant mon cheval, et pour ça je l’ai bien crevé, la pauvre bête.
Pierre Estrangin
Ca par essemple. Qu’est-ce qu’il peut arriver ?
Il lit à voix haute : « A tous les consuls des villages environnants Marseille. Nous les informons par les présentes qu’une tartane génoise a débarqué voici deux semaines à Marseille, qu’un des matelots était pestiféré. La peste noire s’est déclarée depuis trois jours dans notre ville et y a déjà fait plusieurs dizaines de trépassés. La Ville est fermée. Il est interdit d’y entrer ou d’en sortir à présent. Refusez d’héberger ceux qui pourraient en venir. Prenez toutes les précautions possibles pour éviter cet épouvantable fléau. Nous prions Dieu pour qu’il épargne votre paroisse. Adieu. »
Pierre Estrangin
Ah ! et bien ça complète bien nos occupations…
Autre Consul
C’est ça alors les tâches noires que j’ai remarquées sur les bras du voisin, ce matin.
Pierre Estrangin
Ecoute Jouve, attends moi ici. Je vais raconter les choses au Curé et y demander conseil.

Il sort. Jouve se lamente puis se remet à écrire.
Pierre Estrangin revient.

Pierre Estrangin
Tu sais il m’a dit qu’il y en avait déjà dix dans le pays qui l’avaient appelé hier ou aujourd’hui parce qu’ils étaient malades.
Autre Consul
Malheur déjà.
Pierre Estrangin
Et alors qu’il fallait les isoler. On va les installer à l’auberge parce qu’il y a beaucoup de lits.
Autre Consul
Et votre cousin Esprit. Ca fera guère son affaire.
Pierre Estrangin
Nous le prendrons chez nous. Monsieur le Curé m’a dit qu’il irait lui-même les soigner à l’auberge.
Autre Consul
Et si on le perd, il a pas le droit.
Pierre Estrangin
Il m’a dit comme ça que les curés c’est fait pour soigner les âmes, que les pestiférés ils en ont une comme nous autres et qu’il doit aller près d’eux. Que dans l’histoire de l’Eglise beaucoup avaient fait de même, que sûrement Monseigneur de Belsunce en faisait autant à Marseille, que même des papes en étaient morts en soignant des romains malades.
Autre Consul
Et bien cette installation va nous donner un brave travail.
Pierre Estrangin
Si au moins on en sauve quelques uns.

Entre sa femme affolée.

Femme
Dis, c’est vrai ce qu’on dit sur la place, qu’il y a la peste ?
Pierre Estrangin
Et voui Toinette
Femme
Oh ! Bonne Mère et qu’est-ce qu’on va faire ?
Pierre Estrangin
Et bien nous on va prendre les mesures nécessaires et dans celles-ci il y a d’envoyer loin du village les gens que l’on veut sauver. Tu vas prendre les petits, tout ce qu’il te faut pour vivre un mois au mas du Plan et tu vas y partir tout de suite. Et tu tâcheras de ne pas aller causer avec les voisines, même si ça te fait beaucoup envie. Et de tenir ta langue. Il faut que tu sois isolée tu entends. Moi je ferai comme le Curé, je resterai, c’est sûr. On est Consul ou on ne l’est pas. Est-ce que les consuls de Rome fuyaient devant Hannibal ?

Une femme entre.
Femme
Moussu lou Consul, mon homme est malade.
Pierre Estrangin
Faîtes le transporter à l’auberge
Femme
Par qui, personne veut.
Pierre Estrangin
Attendez, je vais y aller.

Il appelle un de ses fils entré avec sa femme.

Pierre Estrangin
Toi Jeannot tu vas d’abord aller jusqu’à Mollèges, prévenir le cousin Xavier, tu sais l’abbé, lui dire que le curé il a besoin de son vicaire, parce qu’il aura beaucoup à faire avec tous les malades. Et puis tu rentreras droit au mas du Plan avec ta mère.

A sa femme
Alors, à bientôt. Si on en revient pas de cette affaire, tu feras prier les petits pour nous et tu leur diras qu’ils pensent eux aussi plus tard quand leur tour sera venu à rendre service à leurs voisins. Au-revoir et restez bien isolés.
Oh ! Jouve, tu viens m’aider à porter le mari de la dame.

Ils sortent.

lundi 19 mars 2007

1584 : signature Estrangin

Mon grand-père Louis avait autour de 20 ans dans les années 30. En licence d'histoire il investissait le temps de quelques recherches les paroisses d'Orgon et d'Eygalières à la recherche de quelques témoins de la famille. Archives, papiers, parchemins, les vestiges étaient relativement rares dans le ventre de l'histoire.

Fort de ses connaissances en paléographie ils découvrent des actes anciens comportant des signatures de la famille. Après Julius en 1460, nous rencontrons un de nos autres anciens en 1584 sur les terres d'Orgon, s'usant sans doute dans un métier de jardinier.

L'écriture est fine. Mon grand-père trace les traits fidèlement sur un calepin. Les pages du papier si fin se rompent presque sous ses doigts. Il sera sans doute un des derniers à parcourir ces lignes. De 1936 à 2007 : il aura fallu près de 70 ans pour que cette frêle signature reprenne vie sous les couleurs d'internet et passe à la postérité. Il faudra que je partage ce clin d'oeil avec notre "patriarche".
Julius, cet ancien de la famille l'aurait-il imaginé de son côté quatre siècles plus tard...